« Tu ne changeras jamais les choses en combattant ce qui existe déjà.
Pour changer les choses, construis un nouveau modèle qui rendra l’ancien obsolète.»
R. Buckminster Fuller

L'imposture démocratique

« Tu ne changeras jamais les choses en combattant ce qui existe déjà.
Pour changer les choses, construis un nouveau modèle qui rendra l’ancien obsolète.»


Introduction

Je débuterai mon propos par une anecdote. Au moment du référendum sur la Constitution européenne, Thierry Ardisson organisa dans son émission « tout le monde en parle » un mini – débat caricatural entre Philippe Tesson le réactionnaire et Jean-François Kahn le moderne. Nous nous souvenons que Tesson affirma que la voix d’un Bernard Arnault, PDG de LVMH, vaut quand même plus que celle d’un français lambda. Autrement dit, dans notre République où tous les électeurs sont égaux puisque chaque voix ne vaut qu’une voix, d’aucuns comme Philippe Tesson pensent que la voix de quelques uns (comme lui nous supposons) pèsent plus que celles de citoyens ordinaires. Nous verrons finalement qu’avec les découpages électoraux, il n’a pas tout à fait tort.

Jacques Rancière
La haine de la démocratie
Nous sommes là au cœur de la thèse du livre de Jacques Rancière « La haine de la démocratie ». Pour J. Rancière, non seulement la voix de n’importe quel citoyen lambda vaut celle d’un grand patron du CAC 40 mais il va plus loin encore en affirmant que n’importe quel citoyen lambda n’ayant pourtant aucun titre à exercer des responsabilités politiques peut néanmoins participer au gouvernement du pays, ce que ne peut supporter un Ph. Tesson, pas plus qu’aucun adepte de l’aristocratie naturelle. Voir le blog d'Alexandre Anizy

Mais Rancière est un philosophe et à ce titre, ne s’embarrasse pas de considérations pratiques. Il élabore un système et lui permet d’aller au bout de sa logique, parfois jusqu’à l’absurde.

Définitions

Abraham Lincoln
Imposture : Hypocrisie, tromperie dans les mœurs, dans la conduite. Tromperie d’une personne qui se fait passer pour ce qu’elle n’est pas. Action de tromper par des discours mensongers, de fausses apparences.
Démocratie : Forme de régime par lequel le peuple, souverain, se gouverne lui-même.
Selon la formule d’Abraham Lincoln c’est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », formule qui a été introduite dans la constitution de 1958 de la Cinquième République française.
■ Le terme démocratie s'oppose historiquement aux systèmes monarchiques, où le pouvoir est détenu par un seul, ou oligarchiques où le pouvoir est aux mains d'un petit groupe. Dans son sens originel (dans la cité-État d'Athènes du Ve siècle av. J.-C.), la démocratie « pouvoir du peuple », est le gouvernement de tous (limités cependant aux citoyens).

Historique


Avant AthènesCar Athènes n’a pas inventé la démocratie.
Selon Jean Baechler, (Lire ou écouter la conférence sur le site Canal Académie - abonnement nécessaire) spécialiste du sujet, la démocratie serait le régime politique naturel de l’homme (Sociétés de chasseurs cueilleurs du paléolithique, sur tous les continents).
Certaines sociétés tribales réduites (entre 20 et 50 personnes), comme les bushmen australiens, n'avaient pas de chef et prenaient des décisions par consensus au sein de la majorité.Cette démocratie ’’naturelle’’  a quasiment disparu après le néolithique – âge qui coïncide avec l’apparition des sociétés de cultivateurs/éleveurs plus attachés à la propriété. Il s’est alors produit une stratification de la société en ordres ou classes : aristocratie – démos ou peuple – esclave.  Elle s’est toutefois maintenue dans quelques cités villageoises et urbaines, notamment en Inde et en Grèce.

Athènes : berceau de la démocratie moderne

A Athènes justement, on retrouve cette stratification en classes : aristocratie ou oligarchie - classe moyenne d’artisans-commerçants – simples citoyens – esclaves – métèques.
Mais dans la bouche des philosophes et des ’’aristocrates’’, le mot « démocratie » était péjoratif . Il signifiait populace et ne suscitait pour eux que mépris et quolibets.
La démocratie athénienne à l'époque de Démosthène de Mogens-Herman Hansen


L. Canfora
L’imposture
démocratique
Et, selon Luciano Canfora, auteur précisément du livre « L’imposture démocratique » l’on peut même affirmer que toute la pensée politique grecque, qu’elle soit exprimée par les historiens, les philosophes ou les orateurs, est une critique constante de la démocratie ».
Platon soutient que l’homme démocratique ne s’intéresse qu’à ses petits plaisirs immédiats.
D'ailleurs, la démocratie n’a jamais bien fonctionné à Athènes (esclaves, femmes, métèques en étaient exclus). Les élites (intellectuelles, économiques – propriétaires terriens, commerçants – ’’industriels’’) ont toujours contesté, à quelques rares exceptions près, le pouvoir de cette ’’populace’’.
Selon ces élites, la démocratie était un régime faible car le peuple est facilement manipulable par des démagogues et se laisse aisément entraîner par ses passions. Pire encore, ce peuple foncièrement irrationnel est incapable de discerner le « bien commun » et risque d’imposer des politiques égalitaires puisqu’à l’agora les pauvres seront toujours plus nombreux que les riches. Bref, la démocratie tendrait inéluctablement vers une de ses deux formes pathologiques : la tyrannie de la majorité ou le chaos. Les pères fondateurs des premières « démocraties » modernes partageaient cette vision de la démocratie.
Pendant plus de deux mille ans, le terme « démocratie » eut un sens très négatif pour pratiquement tous les penseurs politiques, et aucun acteur politique ne s’en est fait le champion.

L'ouvrage de Bernard Manin  : "Principes du gouvernement représentatif" (malheureusement épuisé) est particulièrement riche d'enseignement pour suivre les avatars du concept de démocratie à travers l'histoire, en particulier l'usage qu'en firent les constitutionnalistes américains et français à la fin du XVIIIe siècle.

Présentation de l'éditeur : "Des démocrates athéniens à Montesquieu, d'Aristote à Rousseau, personne ne songeait à faire de l'élection l'instrument démocratique par excellence ; démocratie n'équivalait pas à gouvernement représentatif, c'est le tirage au sort qui paraissait le mieux apte à respecter l'égalité stricte des candidats. Que s'est-il passé au tournant du XVIIIe siècle, en Europe et aux Etats-Unis, pour que se renverse cette conception multiséculaire et pour qu'advienne l'idée qu'une démocratie est, par essence, un gouvernement représentatif ? Le changement tient-il à la réalité des choses ou au regard que nous portons sur elles ? Ce livre présente une théorie du gouvernement représentatif, en s'attachant aussi bien à la tradition européenne qu'aux débats américains. Bernard Manin montre que le système représentatif n'a pas pour seule fonction de permettre au peuple de se gouverner lui-même. Le gouvernement représentatif mêle en fait des traits démocratiques et aristocratiques. L'élu n'est jamais le double ni le porte-parole de l'électeur, mais il gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement."

Les révolutions américaine et française

Elles ont été conduites par la bourgeoisie à son seul profit à la fois contre la noblesse et contre le peuple, le démos, en tenant celui-ci dans le plus grand mépris.
En Amérique comme en France, les leaders révolutionnaires étaient persuadés de faire partie de cette « aristocratie naturelle » qui, prétendait-on, émergeait de chaque société, aristocratie à ne pas confondre cependant avec l’aristocratie héréditaire.

Thomas Jefferson
Ainsi, Thomas Jefferson en Amérique écrivait : « Il y a une aristocratie naturelle, fondée sur le talent et la vertu, qui semble destinée au gouvernement des sociétés, et de toutes les formes politiques, la meilleure est celle qui pourvoit le plus efficacement à la pureté du triage de ces aristocrates naturels et à leur introduction dans le gouvernement ». Robespierre parle quant à lui d’une « aristocratie représentative », faisant sans doute référence à Jean-Jacques Rousseau, pour qui, des trois sortes d’aristocratie – naturelle, élective, héréditaire – « la deuxième est la meilleure : c’est l’aristocratie proprement dite ». Selon les membres même de cette aristocratie naturelle, eux seuls détiendraient les compétences pour identifier, défendre et promouvoir le bien commun, alors que les gens du [petit] peuple ne sont motivés que par leur intérêt personnel et immédiat. Cet élitisme des patriotes s’exprime d’ailleurs sans gène dans les discours, pamphlets et lettres personnelles : le peuple est synonyme de « foule », de « populace », de « vermine »… bref, d’attributs qui dénotent autant leur antidémocratisme qu’un véritable dédain des gens du peuple. Il n’était pas question dès lors d’instaurer une démocratie directe.

J.P. Brissot
En fait, l’étiquette de « démocrate » n’est accolée qu’aux plus radicaux pour les discréditer, tandis qu’on insiste sur l’incapacité du peuple à se gouverner lui-même sans l’intermédiaire de représentants. Ne prenons que deux exemples parmi tant d’autres : le girondin Brissot, ouvertement antidémocrate, déclare ainsi que « la plupart des désordres » qu’ont connus les cités démocratiques antiques « peuvent être attribués à leur manière de délibérer. Le peuple délibérait sur la place ».


James Madison
James Madison, un des pères de la Constitution américaine, exprime lui aussi très clairement cette peur du peuple délibérant : « Chaque citoyen d’Athènes eut-il été un Socrate, chaque assemblée athénienne aurait été malgré tout une cohue ».

En Amérique, le débat constitutionnel de 1787, qui aboutira à la création de l’union, offrit une bonne occasion aux fédéralistes d’utiliser le mot « démocratie » comme repoussoir. On parle ainsi des « excès de la démocratie », celle-ci étant présentée comme « le pire de tous les maux politiques », qui conduit à « l’oppression et à l’injustice ».
Convaincus que le peuple était incapable de se gouverner seul, c’est l’idée de démocratie représentative qui a fini par s’imposer.


Montesquieu
Déjà Montesquieu prétendait que « le grand avantage des représentants, c’est qu’ils sont capables de discuter des affaires. Le peuple n’y est point du tout propre : ce qui forme un des grands inconvénients de la démocratie ». Ainsi Brissot, suivant cette idée très partagée, déclara que le « peuple seul a le droit de se constituer, mais il n’en a pas le talent ; il doit donc confier une partie de son droit à ceux qui en ont le talent » – un talent dont Brissot, bien sûr, se croit doté.

De l’autre côté de l’Atlantique, le pasteur de Nouvelle Angleterre James Belknap dira pour sa part : « Tenons comme principe que le gouvernement tire son origine du peuple, mais qu’on enseigne au peuple qu’il n’est pas apte à se gouverner lui-même ». (Là encore, les exemples abondent qui reflètent un état d’esprit généralisé, la même idée se retrouvant sur les lèvres ou sous la plume de presque tous les chefs révolutionnaires, qui tentaient tout autant de convaincre le peuple qu’eux-mêmes…)

À l’incapacité du peuple à se gouverner seul, plusieurs ajoutèrent qu’une démocratie n’était possible qu’à l’échelle d’une cité antique – argument employé notamment par Montesquieu. Les États-Unis d’Amérique et la France seraient trop vastes et trop peuplés pour permettre l’instauration d’une démocratie directe.
Robespierre

En conséquence, John Adams et James Madison en Amérique, Sieyès, Brissot et Robespierre en France seront parmi les plus importants propagandistes du système représentatif, qu’ils entendent légitimer, mais aussi contrôler. Voilà une belle brochette de représentants du peuple dont les efforts sont surtout consacrés à justifier leur propre fonction. Faite de membres autoproclamés de l’« aristocratie naturelle », cette élite serait nécessaire, estime Sieyès faisant écho à Brissot, car les représentants sont « bien plus capables [que le peuple] de connaître l’intérêt général » ; et de conclure que « la France n’est point, ne peut pas être une démocratie » car le « peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

Sieyès
Sieyès, pour lequel la grande majorité des Français n’ont pas « assez d’instruction, ni assez de loisirs pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ».

Retenez bien cette phrase. Doit-on s’étonner que Sieyès soit lui-même un représentant et que ces déclarations soient faites devant l’Assemblée nationale ?



John Adams
 À cet antidémocratisme s’ajoutait une peur du pauvre et de l’égalitarisme. Selon une idée alors largement répandue, comme tous ceux qui n’étaient pas autonomes financièrement (esclaves, femmes et salariés), les pauvres ne pouvaient avoir de pensée autonome et rationnelle. John Adams écrit ainsi : « Telle est la fragilité du cœur humain que seulement quelques hommes qui n’ont pas de propriété possèdent un jugement qui leur soit propre ». L’aristocratie du mérite ferait donc nécessairement partie de la classe économiquement aisée.

Aristote
L’idée exprimée par Adams n’est pas nouvelle, loin de là : Aristote déjà affirmait que si « la définition même de l’aristocratie c’est l’excellence alors que celle de l’oligarchie c’est la richesse », il n’en résulte pas moins que « dans presque tous les cas les gens aisés semblent occuper la place des gens de bien ». Dans le même esprit, un habitant du Maryland conseillait, en 1767, de confier les affaires publiques à ceux qui détiennent une propriété et ont reçu une bonne éducation plutôt qu’aux « créatures » qui « sont compétentes à tenir une petite boutique (ou au plus) à juger la qualité d’une feuille de tabac ».

À ce mépris qu’affichait l’« élite » patriotique quant aux capacités politiques du peuple, se doublait la peur que, une fois au pouvoir, celui-ci ne s’attaque à la propriété privée et n’instaure l’égalitarisme : comme les royalistes, les républicains craignaient la démocratie directe et l’aspiration égalitaire des pauvres – l’égalitarisme était alors clairement associé aux excès de la démocratie.

(Lire l'article “L’esprit antidémocratique des fondateurs de la «démocratie» moderne”  paru dans la revue Agone

Et c’est cette démocratie représentative qui, parvenue comme tous les systèmes au bout de sa logique jusqu'à l'absurde, autorise aujourd’hui toutes les impostures, toutes les manipulations, toutes les dérives.

Il est bon, je crois ici, de rappeler la définition du mot imposture : Hypocrisie, tromperie dans les mœurs, dans la conduite. Tromperie d’une personne qui se fait passer pour ce qu’elle n’est pas. Action de tromper par des discours mensongers, de fausses apparences.Nous l’avons dit maintes fois, tout système (et la démocratie représentative est un système), tout système donc va naturellement au bout de sa logique, jusqu’à l’absurde, parfois même jusqu’à l’abject (systèmes stalinien, fasciste, colonialiste, capitaliste pour ne parler que des plus dramatiquement célèbres).Je vais énumérer ici quelques unes des dérives, des impostures auxquelles a conduit la démocratie représentative. La liste n’est pas exhaustive et l’on pourra en trouver bien d’autres.

La trahison des politiques face à la finance ou le putsch des experts : Tony Blair peut être désigné comme le champion de l’imposture : « en conférant à la banque d’Angleterre une autonomie de gestion qu’aucun gouvernement conservateur n’aurait jugé aussi grande, les néo-travaillistes ont poursuivi la politique de Mme Thatcher plus résolument encore que sous l’interrègne de J. Major ».
M. Tietmeyer, le Président de la Bundesbank, commenta cette situation inédite de façon très efficace. « Les gouvernements européens, déclara-t-il en 1998, ont finalement choisi d’abdiquer leurs pouvoirs de décision concernant les problèmes de fond en faveur des ’’experts monétaires’’. C’est une voie, ajouta-t-il, qui privilégie le plébiscite permanent des marchés mondiaux sur un plébiscite des urnes, certes plus évident, mais incompétent. » Il ne croyait pas si bien dire !
C’est là une des dérives, une des impostures les plus insidieuses qui est l’une des causes essentielles de la crise très grave à laquelle nous sommes confrontés.

On sait que la question de la compétence a toujours été une critique récurrente pour les adversaires de la démocratie. Aujourd’hui, par une ironie de l’histoire, la question de la compétence se pose également pour les hommes politiques sensés nous représenter,  qui s’entourent d’armées d’experts pour pallier à leur incompétence dans bien des domaines.

La financiarisation : C’est maintenant un lieu commun de parler de la dictature du capitalisme. Et, sans jeu de mots, on peut dire que les politiques ont capitulé face au capitalisme (quand ils n’en sont pas les complices, les comparses) et ont laissé le système, là encore, aller au bout de sa logique, jusqu’à l’absurde.
Aujourd’hui, la pieuvre qui enserre la planète de ses tentacules n’est plus le « bon vieux capitalisme » tel qu’on le voyait représenter dans les années 60/70 sous les traits de l’oncle Sam, gros havane aux lèvres, un sac de dollars dans chaque main, mais le monde froid et anonyme de la finance mondiale. On en regretterait presque ce cher vieil Oncle Sam !

La toute puissance des lobbys : Aux USA, les lobbyistes qui tentent d’influencer la réforme de la santé sont maintenant rien moins que 4525, soit huit pour chacun des élus au congrès américain. Les entreprises et organisations (hôpitaux, assureurs, labos pharmaceutiques, associations de médecins, …) qui tentent ainsi de peser sur la loi en cours d’élaboration ont dépensé plus de 1,2 milliards de dollars en lobbying l’an dernier. A Bruxelles, où se prend l’essentiel des décisions politiques et surtout économiques de la Communauté européenne, plus de 15 000 lobbyistes patentés tentent - et souvent réussissent - de peser sur les décisions de nos représentants au parlement européen).

Le clientélisme : faveur injustifiée accordée à une personne, souvent en échange de son vote. « Le clientélisme est une forme parmi d'autres de corruption dont la particularité est d'être davantage fondée sur un « échange social » que sur un échange strictement économique. »

L’électoralisme qui autorise toutes les promesses de gascons, toutes les démagogies (et, le quinquennat aidant, on ne sort d’une campagne électorale que pour entrer dans une autre).
On se souvient de la campagne éhontée de J. Chirac en 1995 voulant se faire passer pour Robin des Bois et prétendant réduire la fracture sociale ou encore Sarkozy en 2007 qui se vante d’aller chercher la croissance avec les dents !

Autre dérive de l'électoralisme : la peur de prendre des décisions pourtant indispensables et urgentes mais qui sont jugées impopulaires à l'approche des élections et donc reportées bien souvent aux calendes grecques.

Le coût des campagnes électorales devient prohibitif et exclut les simples citoyens de la vie démocratique. Ce coût entraîne également de nombreuses malversations dans le financement des campagnes électorales avec risques de corruption et dérives maffieuses. Les rebondissements de l’attentat de Karachi aujourd’hui même en sont la dramatique illustration. Pour être moins dramatique l’affaire Woerth/Bettencourt n’en jette pas moins le discrédit sur un système parvenu lui aussi au bout de sa logique, cette fois ci jusqu’à l’abject.
Quant aux candidats, ils contournent la loi qu’ils ont eux-mêmes votée sur le financement des partis politiques en créant des micro-partis, ce qui leur permet de bénéficier illégalement de dons plus nombreux !

Le système majoritaire qui exclut de la vie démocratique une part importante de la population.

Le charcutage électoral (dans certaines circonscriptions, il faut 8 fois plus d’électeurs pour élire un député de l’opposition que de la majorité !) Où l’on retrouve la remarque de Ph. Tesson.

Le story telling : qui  consiste à faire émerger au sein des organisations mêmes une ou plusieurs histoires à fort pouvoir de séduction et de conviction. Ces histoires, qui peuvent être réduites à des anecdotes ou étendues à des discours entiers, servent de vecteurs pour faire passer des messages plus complexes et qui sont transmis avec plus d’efficacité, selon le principe que pour parler à la tête, il faut souvent d’abord toucher le cœur. Autrement dit passer par l’émotion pour atteindre la raison.

La triangulation : qui se rattache au story telling. C’est par exemple Sarkozy se réclamant de Jaurès, Blum, Guy Moquet ou encore Edgar Morin dans le seul but de semer le trouble dans le camp adverse.

La confusion/concentration des pouvoirs : La séparation des pouvoirs est pourtant l’un des principes fondateurs de nos sociétés démocratiques modernes hérité de Montesquieu. Or, en France, sous la présidence de qui vous savez, un même personnage concentre entre ses mains les 3 pouvoirs principaux, même si c’est de manière détournée. Hier même 17 novembre (2010), l’exécutif a bafoué le législatif en imposant le retrait d’amendements pourtant votés à l’unanimité. La célèbre formule de Mitterrand accusant De Gaulle de coup d’état permanent peut aujourd’hui s’appliquer à Sarkozy.

Et il en rajoute un quatrième (les médias) en s’arrogeant le droit de nommer le Président de France télévision, de Radio France ou d’intervenir dans les tractations de rachat de groupes de presse. Selon un commentateur, il est même le seul chef d’état occidental à pouvoir convoquer les trois principales chaînes de télévision pour faire son auto-promotion.

A propos du 4e pouvoir, Aung San Suu Kyi déclarait récemment qu’il n’y a pas de véritable démocratie sans la liberté d’expression. Or, selon le rapport annuel de Reporter sans frontières, la France se situe désormais au 40e rang, juste derrière la Papouasie-Nouvelle Guinée ! N’y a-t-il pas lieu de s’en inquiéter ?

Toujours au chapitre de la concentration des pouvoirs, il n’est pas anodin de remarquer que le Chef de l’Etat vient de nommer plusieurs de ses proches au Conseil économique, social et environnemental, politisant ainsi un organisme jusqu’alors à peu près exempt de querelles politiques.
Cette toute puissance du Chef de l’état conduit insensiblement à une dérive autoritariste source d’abus de pouvoir, d’arbitraire du haut en bas de la pyramide. Faut-il rappeler cette maxime du philosophe Alain : "Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument"  ?

En conclusion

Sieyès, rappelons-le, pensait que la grande majorité des Français n’avait pas « assez d’instruction, ni assez de loisirs pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ». Or les temps ont changé. Les Français, comme la plupart des citoyens des pays démocratiques sont de plus en plus instruits, vivent de plus en plus longtemps et disposent de plus en plus de loisirs (c’est du moins la tendance). Il est grand temps que les « aristocrates naturels » autoproclamés nous transmettent l’héritage qu’ils ont capté à notre détriment et que l’on instaure enfin la démocratie réelle.